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5 Avril – Mercredi

Ce matin je suis allée avec le groupe de la Retraite entendre la Messe aux Catacombes de St Sébastien, dite pour nous par M. l'abbé Chéramy. Ce prêtre français, depuis 35 ans à Rome, a consacré sa vie à des recherches dans les Catacombes. Je venais d'achever le livre très intéressant qu'il a écrit à ce sujet ; aussi j'étais bien heureuse de cette occasion de voir avec lui tous les souvenirs chrétiens qu'il a retrouvés.

Après avoir pris la Via dell'Impero nous sommes sortis de Rome et nous avons parcouru en car la superbe Voie Appienne aux multiples souvenirs païens ou chrétiens. Devant la petite église de St Sébastien tout le groupe est descendu. Munie chacune d'une mince bougie, nous avons suivi M. Chéramy par un escalier obscur qui nous a conduit dans la grotte souterraine où le corps d St Sébastien percé de flèches par ordre de Dioclétien, a reposé pendant 9 siècles : ce soldat avait refusé de sacrifier à la divinité de l'empereur, On a transporté plus tard ses ossements dans des églises.

Le lieu où St Sébastien a reposé est une simple grotte de terre éclairée par un soupirail. Le sol est en terre battue ; l'autel une simple table de bois placée sur la tombe même du Saint, le sol à cet endroit est légèrement surélevé. Nous nous groupons tous, débout autour de l'autel. Avant de commencer la Messe, M. Chéramy debout devant l'autel, tourné vers nous, prononce une touchante allocution, très simple et très intime pour nous rappeler la vie de ces chrétiens des premiers siècles qui bravaient tous les périls pour passer une nuit en prière. Pendant ces offices nocturnes qui devaient être si impressionnants et recueillis, dans le silence et l'ombre, les prêtres après leurs Messes où tous avaient communié, encourageaient leurs fidèles, les assuraient dans leur foi et leur donnaient la force de Dieu pour plusieurs jours. On ramenait les martyrs, on ensevelissait les morts. Tous souhaitaient et demandaient le martyre !

M. Chéramy dit la Messe, comme aux premiers siècles, tourné vers les fidèles ; nous pouvons suivre chacun des mouvements du prêtre ; nous chantons en choeur. Le moment de la Consécration est vraiment poignant ; celui de la Communion aussi où chacun s'agenouille sur la marche de terre. L'atmosphère est parfumée de sainteté et tout est si simple : ce lieu tant de fois sanctifié, ce prêtre aux cheveux blancs, au visage ascétique et inspiré, ce groupe de fidèles agenouillés sur la terre humide. Cette messe fut vraiment une prière, et j'ai profondément ressenti à travers les âges, l'émotion mystique de tous ceux qui sont venus prier ici avant moi.

Puis pendant le reste de la matinée nous parcourons les Catacombes sous la conduite de M. Chéramy. C’est un véritable labyrinthe de couloirs qui s’entrecroisent, si étroits que l’on frôlent en passant les murs bordés d’anciens tombeaux, d’escaliers, de petites chapelles creusées dans la terre où l’on retrouve des sarcophages, des tombeaux, des inscriptions, parfois une petite lampe à huile ou une amphore.

Notre petite bougie éclaire à peine les souterrains ; ils restent mystérieux et remplis de souvenirs. Toutes ces galeries furent creusées et parcourues par des chrétiens, sanctifiées par les corps des martyrs. Nous visitons la salle des Agapes où les Apôtres Pierre et Paul sont venus et ont reposé après leur martyre. Des inscriptions sur les murs invoquent le secours de ces Saints. Dans cette salle les chrétiens prenaient en commun un repas fraternel.
Sous les fondations de la basilique se trouve un ancien cimetière païen autrefois à l’air libre sur la Via Appia. On voit encore des noms et des inscriptions sur les urnes de pierre. Â côté une ancienne maison romaine avec un puits.
En remontant un escalier de pierre nous arrivons dans une grande salle, qui est un musée d’inscriptions retrouvées dans les Catacombes.

Ce pèlerinage fut bien émouvant et j’en garderai un profond souvenir. Mais j’aurais voulu le faire sans prononcer une parole, dans le silence des souvenirs, alors que les bonnes dames du pèlerinage éprouvaient le besoin de se plaindre sans arrêt. Enfin … !
L’après-midi, je suis allée dans le vieux quartier du Transtevere, pouilleux et pittoresque, entre le Tibre et le Janicule. Nous sommes entrées d’abord à la Farnésine, délicieux palais Renaissance, située dans un ravissant jardin orné de pièces d’eaux, de pelouses et d’allées de buis taillé. L’intérieur du palais, d’un goût exquis, est une pure merveille d’art et de luxe. Au rez-de-chaussée un grand hall dont les baies vitrées donnent sur les perspectives du jardin. Le sol est de marbre poli et décoré dans lequel se reflètent deux vasques de marbre jaune posées sur un pied élancé et mince. Au plafond des fresques de couleur vive. L’ensemble est un plaisir pour les yeux et l’esprit. Nous nous asseyons dans les grands fauteuils de cuir marron et nous goûtons longtemps le charme de ce séjour de luxe raffiné. Â côté se trouve une grande salle d’audience ornée de grandes tables et de hauts sièges de bois ciré ; une haute chaire au milieu pour le prince Farnèse juge de ses sujets. Tout est bleu, le papier et les fresques, le plafond décoré, les volets même et les fenêtres ornées de délicieux rideaux blancs brodés qui laissent pénétrer une douce lumière. Cette symphonie en bleu va des tons les plus pâles aux bleus les plus foncés mais l’ensemble est harmonieusement doux et reposant.
Au premier étage une grande salle à panneaux peints avec une de ces monumentales cheminées des châteaux d’autrefois. Â côté une autre salle dont les murs sont peints d’énormes fresques, le plancher, les boiseries, les portes et le mobilier, tout est somptueux dans ce décor de féérie. Nous le quittons à regret les yeux remplis de ce goût délicat, de ce luxe harmonieux dont savaient s’entourer les grands seigneurs du XIVe et du XVe siècles italiens. L’heure que nous y avons passée fut délicieuse.

De là nous gagnons Ste Marie du Transtevere, jolie église située sur une place où jaillit une grande fontaine. L’extérieur de l’église est ancien, le clocher roman, et le chapiteau triangulaire. J’entre sous le portique à colonnes : l’église a trois nefs, au fond de l’abside une superbe mosaïque qui représente la vie de la Vierge puis Notre Seigneur et les Apôtres. Près de l’autel la fontaine d’huile qui jaillit à cet endroit peu avant la naissance du Christ. Cette église est l’un des plus anciens sanctuaires dédiés à la Ste Vierge.
St Chrysostome est quelconque, mais Ste Cécile est encore une de ces curieuses églises comme Rome en contient tant – elle est précédée d’un joli jardin de verdure orné au centre d’une urne d’albâtre. L’église, entièrement laquée blanc et or, a l’air d’un salon beaucoup plus que d’un lieu de prières. Jolie d’ailleurs, quoique assez mièvre, très soignée et brillante. Un curieux bambin italien qui parlait sans arrêt avec un extraordinaire toupet, nous fait visiter la crypte, très riche aussi, couverte de mosaïques et de dorures où repose le corps de la Sainte. Â côté la maison, bien conservée de la riche dame romaine. Dans une chapelle latérale, j’ai vu les bouches de chaleur qui ont asphyxié la Sainte. Je pense à la touchante statue de Maderna et j’aurais voulu pour cette pure jeune fille, une des figures de vierge les plus touchantes des premiers siècles, une église plus pieuse, plus simple, moins parée.
Très près de Ste Cécile une jolie chapelle dédiée à la Ste Vierge et qui appartient aux Sœurs de St Vincent de Paul. L’intérieur est très simple et très recueilli.
Nous passons ensuite dans l’île que forment les deux bras du Tibre, île qui eut pour origine, dit la légende, les moissons jetées dans le Tibre par les gaulois pendant un siège de Rome. Là, nous visitons St Barthélémy, plutôt laid. Puis nous regagnons la rive gauche et je vais finir ma soirée dans le petit jardin de Ste Sabine après une visite à ma chère Ste Marie in Cosmedin.



Dr. Radut | page