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Vendredi 7 Avril 1933

Ce matin nous sommes allées à l’Église de Ste Agnès sur la Via Nomentane ; c’est une très jolie petite église avec une double rangée de colonnes romanes. Elle est simple comme la petite sainte qui lui a donné son nom et qui est l’une des plus émouvantes du martyrologe romain.
Les Catacombes sont tout à fait obscures, assez petites avec d’étroits couloirs bordés de sépulcres ouverts ou scellés. Sur les tombes on retrouve encore beaucoup d’inscriptions et de symboles chrétiens : le poisson, la colombe, l’agneau, le Bon Pasteur. Beaucoup de tombes d’enfants, celle d’une mère et de son bébé. Des lampes, des ossements. Un vieux prêtre nous conduit avec quelques autres pèlerins. Nous nous arrêtons dans deux chapelles encore bien conservées. Ste Agnès a reposé là. Je suis heureuse d’avoir connu ce lieu si simple et si calme.
Nous revenons ensuite finir notre jubilé à St Jean de Latran.
L’après midi nous sommes parties pour St Paul-hors les murs. Nous passons la belle porte St Paul et nous voici hors de Rome, dans la campagne car ici il n’y a pas de faubourgs.

Le paysage est plat, plutôt laid, nous longeons la strada réservée aux autos et voici la basilique qui se dresse, toute blanche. Elle est précédée d’un immense portique aux colonnes de marbre, surmonté d’une mosaïque très neuve. L’extérieur est vraiment curieux, plutôt écrasant que vraiment beau ; mais l’intérieur est plus étonnant encore. Après voir traversé un jardinet très vert tout entouré de colonnes de marbre nous pénétrons par la porte jubilaire dans une sorte d’immense salle, nue, froide, vide. Un plancher de marbre de couleur, deux grandes nefs séparées par d’énormes colonnes de marbre. Seuls les médaillons des cardinaux patrons de l’Église et l’autel lointain, me rappellent que nous sommes dans un lieu consacré. L’ensemble est beau cependant, imposant par l’harmonie sobre des lignes. Mais Dieu ici paraît sévère et redoutable ; je me crois dans un temple et la prière me paraît difficile dans cette pure et froide symphonie de marbre. Au fond de l’église quatre chapelles carrées et deux autels d’un vert profond et étrange. Nous allons ensuite visiter le délicieux petit cloître aux doubles colonnettes tordues ; ici je retrouve le recueillement mystique, ces cloîtres italiens sont si imprégnés de paix surnaturelle ; nous avons vu ce matin celui de St Jean de Latran qui est encore plus joli, plus ancien, plus pieux. Mais au centre de celui-ci un vieux puits, appelé le puits de la Samaritaine tant la légende imprègne sans étonnement cette terre italienne.
Le temps se couvre brusquement et devient si menaçant que nous n’osons pas aller jusqu’à St Paul aux Trois Fontaines. Nous reprenons le tram et repassons devant la belle porte St Paul. Â peine arrivées un gros orage nous surprend et nous mouille jusqu’aux os. Nous nous réfugions dans ma chambre, au couvent pour attendre la fin du mauvais temps.
Le ciel est encore couvert mais nous repartons pour assister au Chemin de Croix du Colisée. En passant nous entrons à St Georges Velabre, vieille église désaffectée construite sur un ancien marais : elle ressemble à Ste Marie in Cosmedin et à Ste Sabine avec son clocher et son porche romans. Nous entrons ensuite Ste Anastasie qui possède un beau plancher de marbre brun.
Au Colisée, le Chemin de Croix est commencé. Un père en froc brun parle, appuyé sur la grande Croix de bois au centre. Un cercle d’hommes devant lui tient 14 croix de bois. La foule est massée autour, foule bigarrée, très populaire, les femmes ont leur voile de couleur sur la tête, les hommes du peuple, prient avec ferveur, chantent et suivent leur Chemin de Croix dans de petits livres de prières. Le Père parle avec une ferveur ardente de la Passion ; et dans ce cadre unique, dans ce lieu sanctifié par le sang des martyrs où les souvenirs arrivent en foule, ces simples croix de bois entourées du peuple de Rome qui prie et chante sont particulièrement émouvantes. Ici les chrétiens ont vraiment vaincu et leurs descendants aiment avec un cœur simple et pieux. Sur le ciel d’orage, la Croix se détache très nette. J’emporte cette vision en rentrant lentement au Couvent.



Dr. Radut | page