Skip to Content

Samedi 8 Avril 1933

Ce matin le soleil est éclatant ; je pars pour le Guirinal où j’admire le Palais Royal, gardé par des fascistes et précédé d’une de ces jolies places irrégulières de Rome. Une délicieuse fontaine miroite au soleil. Je me promène dans le petit jardin voisin et j’essaie ensuite d’aller visiter la galerie Colonna qui est fermée. Au passage je visite trois petites églises et je dégringole la colline jusqu’à la galerie Doria. Seules deux salles d’art moderne sont ouvertes.
L’après midi nous avons visité le Palatin. Ces ruines monumentales des Palais des Empereurs produisent une impression complexe de grandeur et de tristesse ; un dédale d’escaliers, de portes à demi écroulées, de couloirs humides nous conduisent au Stade de Domitien, à la Maison de Livie, aux palais d’Auguste et de Caracalla. De temps à autre un fragment de mosaïque rappelle au visiteur que ces immenses constructions étaient toutes revêtues de marbre et d’or. Un monde de serviteurs, de courtisans et d’officiers circulait dans ces salles où s’étalait le luxe des empereurs et des impératrices. Je pense aux bains de lait d’ânesse, aux onguents, aux parfums, à toutes les insolentes folies de ces maîtres qui pouvaient croire, du fond de leurs orgueilleux palais, leurs empires à jamais établis. Et cependant nous ne trouvons plus que le vide et la mort … Du haut du Palatin, nous admirons la ravissante vue sur Rome.
Un dédale de petites rues obscures et pittoresques nous conduisent à St Louis des Français au centre de Rome. Cette vieille église où l’on gagne encore une indulgence pour « le roy de France », où les portraits de nos rois se trouvent sur les piliers, a reçu la visite de bien des illustres pèlerins de France. Nous nous arrêtons devant la plaque de marbre de Pauline de Beaumont qui trouva là le repos après une vie de souffrances. Ste Madeline et St Andrea della Valle offrent ce style rococo, si prétentieux et déplaisant. Nous retrouvons avec joie la belle place Navone aux trois fontaines de marbre mais nous ne pouvons entrer à Ste Agnès qui était fermée. Nous sommes alors entrées à St Ignace de Loyola, vaste église dorée et riche. Un horrible petit escalier de pierre en colimaçon où nous recevons toute la poussière produite par les balayages du sacristain, nous conduit à la chambre de St Louis de Gonzague et de St Jean Berchmans transformées en somptueuses chapelles de mauvais goût. Un gros prêtre italien bavard et ridicule, se précipite sur nous pour nous montrer, avec une abondance de paroles presque incompréhensibles, les reliques des Saints qui sont accrochées aux murs. Après l’avoir écouté quelques instants, nous filons pendant qu’il a le dos tourné et regagnons l’interminable escalier étroit qui nous conduit à l’église. Ce lieu là ne porte guère à la dévotion et je ne peux croire que le simple Louis de Gonzague se réjouisse de tout ce faste italien.
Lentement nous rentrons le long du théâtre Marcellus que domine la roche Tarpéienne.



Dr. Radut | page