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Lundi 10 Avril 1933

Ce matin, nous partons à pied pour St Pierre en passant par le centre de Rome, le Corso Vittorio Emmanuel, la place Navone et ce dédale de petites rues pittoresques qui l'avoisinent. Nous admirons la célèbre fontaine des Tortues sur la place Mattei, si gracieuse avec sa légère vasque soutenue par les pattes des tortues de bronze. Nous visitons Ste Agnès sur la place Navone et sa crypte, dernier vestige du cirque Agonal, où la petite sainte fut rapportée après son martyre ; de vieilles fresques ornent les murs et de fines petites colonnes soutiennent la voûte. Nous entrons aussi à St Jacques des Espagnols, à Ste Maria in Portica, à la Chiesa Muova, construites en style baroque.

A St Pierre, nous faisons notre Jubilé, puis nous descendons aux grottes vaticanes, sous le maître autel. Là, dans un air saturé du parfum des fleurs et de l'encens, nous admirons les tombeaux de Pie X, Benoît XV et quelques autres Papes.

Un des souvenirs les plus curieux que j'ai rapportés de Rome, c'est celui du couvent des Capucins, place Barberini. Au premier abord, l'Église ne présente rien de spécial ; mais je découvre dans une petite chapelle de droite une châsse en verre qui contient le corps de St Crispin, conservé intact depuis le XVIe siècle. En costume de capucin, les mains jointes, le Saint semble de cire tant il est jauni et desséché. Loin de m'inspirer de la dévotion, ce spectacle me paraît assez désagréable. Mais le cimetière des Capucins produit une impression plus pénible encore. On y descend par la sacristie. Un couloir étroit longe quatre chapelles souterraines entièrement garnies d'ossements. Les murs et le plafond sont décorés de dessins formés par des os de toutes sortes et de toutes grandeurs. Le long des murs des entassements de crânes creusent de petites niches où des squelettes, vêtus en moines dorment ou prient. Quelques uns portent même leur nom et la date de leur mort dans leurs mains jointes. Mais la plupart sont perdus dans la foule anonyme de ces os, décor funèbre pour la mort. Ce cimetière d'un réalisme vraiment douloureux mais très italien, est presque choquant et ne porte guère à la prière. Cette conception funèbre, cette exposition des corps qui reposaient dans la terre, ressemble à une parodie de la mort. Je sors de là péniblement impressionnée.

Nous montons alors vers ce ravissant Pincio et, après quelques achats, regagnons Rome par la Piazza del Popolo.



Dr. Radut | page