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Mardi Saint 11 Avril

Ce matin, j'ai passé la matinée au Musée du Vatican, adossé aux jardins et à la Résidence du Pape. Nous parcourons assez rapidement, tant elles sont grandes, les salles de la Bibliothèque Vaticane qui forment une immense galerie tout le long du bâtiment. De jolies armoires claire le long des murs, les unes fermées, les autres entrouvertes et laissant apercevoir les livres aux splendides reliures, les armoiries revêtues du sceau de toutes les nations du monde, les cartes, les gravures, merveilles que nous ne faisons qu'entrevoir. Les salles sont enrichies des cadeaux sans prix, offerts au Saint Père par tous les souverains qui dans tous les temps sont venus apporter leur hommage à la Royauté spirituelle de l'Église. L'or, l'argent, les pierres précieuses, les porcelaines, les bronzes, les cristaux, les travaux d'orfèvrerie et de joaillerie les plus délicats sont exposés ici.

Le luxe décoratif du plafond et des murs de ces salles est intraduisible : la plus belle des salles est celle dont le plafond s'est écroulé en partie, voici quelques années, et qui est maintenant restauré.

Voici ensuite les St Ange et les Loges de Raphaël ornées des admirables fresques que j'ai déjà admirées puis nous passons dans les Appartements Borgia – qu'ils sont jolis ! Ces hommes de sinistre mémoire avaient su faire de leurs demeures des trésors d'art. Je m'arrête longtemps devant la « Délivrance de St Pierre » à la lumière de caveau, si étrange, qui jaillit seulement de l'ange et laisse dans l'ombre les gardes et les lourdes chaînes. Puis voici les délicieuses fresques de Pinturicchio ; j'aime surtout l'Annonciation. Mais elles sont toutes si délicatement rendues. !

Avec un nouveau plaisir nous revoyons la Sixtine, dont on ne peut se lasser. Et nous retournons vers la Pinacothèque qui contient les Primitifs aux naïves figures d'Anges et de Saints : Quelques Raphaël repeints malheureusement et les figures d'Apôtres et d'Anges chanteurs de l'admirable fresque de Meloppo da Forli dont il ne reste que des fragments.

Après le déjeuner nous partons à St Paul faire nos quatre stations. Et ensuite, nous allons à St Paul aux trois fontaines. Ce délicieux petit jardin planté d'eucalyptus se trouve en pleine campagne romaine dans un pays de miasmes et de fièvres. Les Trappistes se sont établis dans cette région où les hommes ne pouvaient vivre : beaucoup de moines y sont morts mais leur travail et une sage culture du sol ont assaini le lieu qui semble maintenant un petit oasis touffu au milieu de l'âpre campagne romaine. Trois églises se cachent au milieu des glycines et des eucalyptus. La première dédiée à St Vincent et Anastase est celle du couvent des Trappistes. Délicieuse église romane, aux toutes petites fenêtres arrondies, au plafond de bois, aux murs blanchis à la chaux. Une piété intime règne dans cette petite église très sombre, tout embaumée des parfums des prières. Une grille ferme le choeur. J'ai vu officier les moines vêtus de bure dans ce lieu où souffle l'Esprit. A côté de nous des femmes italiennes, leurs mouchoirs sur la tête et leur enfants dans les bras et quelques paysans bronzés, les traits fatigués et creusés de fièvre. Pauvres gens qui viennent ici chercher le secours matériel et aussi les forces de la résignation qui les aidera à supporter une vie dure et sans joie.

Nous franchissons le petit porche couvert de glycines et entrons dans une petite église ronde : Ste Maria in Scala Caeli où la Vierge apparut à St Bernard : une vieille gravure représente l'extase du Saint.

Une longue allée d'eucalyptus nous conduit à la dernière église dans laquelle se trouvent les trois fontaines miraculeuses qui ont jailli à l'endroit où la tête de l'apôtre St Paul a rebondi lors de son supplice. Un Pape a capté les trois sources dans des monuments en marbre qui forment le fond de cette curieuse église. Sur le pavé une très belle et très curieuse mosaïque romaine et sans doute païenne représentant les quatre saisons. Des enfants déguenillés boivent dévotement aux sources, prient devant chaque statue et quêtent les pèlerins d'un air si honteux et si indifférent à la fois que j'admire une fois de plus le désintéressement de ce peuple de mendiants artistes qui vivent au grand soleil du Bon Dieu, Nous quittons à regret ce délicieux petit coin, si paisible.

Rentrées dans Rome, nous finissons la soirée sur l'Aventin à la Station de Ste Prisque. C'est une des plus vieilles églises de Rome, à l'extérieur délabrée mais dont l'intérieur est repeint. Une foule bigarrée remplit l'église et la petite rampe qui y conduit. Après le chant des Psaumes, la procession sort et fait le tour de la colline en chantant les litanies des Saints. Tout le monde chante, hommes et femmes, tous ceux que nous rencontrons se signent et ôtent leurs chapeaux. La soirée est esquisse. Cela est champêtre et délicieux.

De là, nous allons revoir St Sabbas et nous revenons lentement par l'Aventin sur lequel les soirées sont si charmantes



Dr. Radut | page