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Dimanche 23 – Lundi 24 Avril

Nous allons entendre la Messe à Ste Marie Nouvelle, bien jolie Église vaste et claire gothique mais d’un gothique bien différent de celui de nos cathédrales. La nef du milieu est très spacieuse, éclairée par des vitraux rouges et bleus,

La quête se fait dans une sacoche suspendue au bout d'un grand bâton et, en échange de son offrande, on reçoit une affreuse image coloriée de St Vincent Ferrier : Des soldats remplissent l'Église ; ils sont conduits à la messe par leurs officiers.

Aussitôt après la Messe, nous partons au couvent de St Marc et dans les anciennes cellules des moines, nous voyons les fresques de Fra Giovanni, l'Angelico. Comment peindre la beauté de ces figures ; je crois qu'elles dépassent toute expression tant elle est angélique et purifiée de toute préoccupation terrestre, de tout procédé humain. L'émotion ici est beaucoup plus surnaturelle que artistique car cet artiste fut un Saint Jésus, la Vierge et les Anges ont été réalisés par son pinceau comme ils les réalisaient certainement dans son âme pieuse, et ils semblent avoir été créés par une inspiration céleste. Dans ce petit cloître si recueilli, sur les murs blanchis à la chaux de ces pauvres cellules, un de ces moines en prière a su fixer les scènes de l'Évangile avec des couleurs si douces et si pures que le temps n'a rien pu leur ôter. L'expression de St François d'Assise au pied de la Croix est inoubliable ainsi que l'immatérielle blancheur du Christ sur le Mont Thabor. Mais j'ai aimé surtout les deux Annonciations, scènes mystiques qui me semblent en peinture la plus haute réalisation de la poésie.

Après l'Angelico, on ne désire plus rien voir. Et cependant Florence nous réserve d'autres merveilles. Au Palais Riccardi, la Chapelle des Médicis, décorée des fresques somptueuses et chatoyantes de Benoppo Goppoli, véritable petit bijou de luxe raffiné est bien évocatrice de la Renaissance florentine si élégante et si cruelle.

En parcourant les rues de Florence je songe aux luttes sanglantes qui ont dépeuplé la vieille cité des riches bourgeois et des artisans aux luttes interminables des guelfes et des gibelins dont nous retrouvons l'écho chez Dante, aux exils, aux empoisonnements, aux meurtres, aux cruautés perfides de Laurent le Magnifique, à la ruine politique de cette ville qui fut longtemps la première de l'Italie. Voici le sombre Bargello ou Palais du Podestat de Florence, véritable merveille d'architecture médiévale. Vaste et sombre demeure représentative de la brutalité redoutable des maîtres de Florence. L'arsenal des armes et des munitions, la vaisselle massive et dorée furent celles d'une race plus forte et plus puissante que la nôtre. Au milieu de la cour un puits sans fond dans lequel étaient jetés, dit-on, les ennemis du Podestat. Un admirable escalier sculpté monte au fond de la cour jusqu'aux vastes salles voûtées du premier étage éclairées par de grandes fenêtres à meneaux. Nous admirons là les Donatello et les Lucca della Robbia : j'aime beaucoup ces petites vierges blanches aux figures si délicates se détachant sur un fond de faïence d'un bleu profond.

Dans l'Église de la Badia, nous admirons l'extase de St Bernard de Filippino Lippi avec tous les moines en blanc qui se détachent sur un fond de verdure. La figure de St Bernard en prière a une expression de piété profonde et grave.

Un éblouissement artistique me saisit lorsque je débouche sur la place de la Seigneurie devant le monumental Palais vieux qui jette dans les airs son orgueilleux campanile. Énorme demeure féodale aux fenêtres étroites, au toit crénelé, masse puissante et altière qui écrase le Palais du Podestat, symbole de la puissance gibeline à Florence toujours en lutte contre la bourgeoisie riche et indépendante. Cette ville est la ville de l'art par excellence et le spectacle de cette place me transporte de sept siècles en arrière comme tout à l'heure le Bargello.

Nous entrons ensuite au Musée du Dôme où nous pouvons contempler la célèbre tribune des Petits chanteurs de Luca della Robbia qui me font penser aux versets du Psaume : « Laudate in cymbalis bene sonantibus ».

Puis voici la cathédrale avec le Dôme de Bramante le plus beau après celui de St Pierre. Cet énorme masse de pierre de la cathédrale est entièrement revêtue de marbre de Florence noir, vert et rose ce qui produit un effet étonnant. A côté se dresse le Baptistère orné des fameuses portes de bronze de Griberti et de Donatello qui représentent les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Nous admirons longtemps la perfection des mouvements et des visages et le relief des personnages. L'intérieur de la cathédrale est très froid malgré de belles fresques et des vitraux très travaillés. La nef est trop vaste, presque obscure et me paraît mal proportionnée.

De Florence, il faut faire la promenade de Fiesole, colline peu éloignée d'où l'on domine toute la vallée de l'Arno et Florence qui s'étale entre les collines. La vue est superbe par son étendue mais je lui préfère celle de la terrasse de San Miniato. De là haut, nous dominons la ville qui s'étale à nos pieds et nous pouvons compter les clochetons des églises, l'orgueilleux campanile de la Seigneurie se dresse, puis le dôme et le Bargello. L'Arno serpente et va se perdre dans la forêt : tous les ponts en enfilade suivent les méandres du fleuve, au milieu le Pont Vieux encore bordé des vieilles boutiques florentines. Le coucher de soleil sur le fleuve est admirable et toutes les cloches de Florence égrènent l'Angélus.

San Miniato est une ravissante petite église recouverte de marbre de couleur. Nous redescendons lentement par les allées qui serpentent au milieu des fleurs dont parle Dante dans la Divine Comédie. Voici de nouveau l'Arno qui roule sur un lit de cailloux et les vieux ponts et les maisons qui trempent dans le fleuve en y reflétant leurs toits. Que cette ville est jolie ! Nous entrons à Ste Croix, construite en gothique flamboyant avec un choeur admirable. En entrant dans l'Église, on reste saisi par l'harmonie de ces trois vitraux qui entourent le maître autel. Giotto a décoré de fresques tout le fond de cette vieille église florentine.

Saint Laurent est très jolie à l'extérieur. Nous voyons le tombeau des Médicis dans la Sacristie et au milieu de l'Église un somptueux autel en argent garni d'ex voto et de fleurs.

A l'Église St Marc, une jolie Annonciation. Or San Michele est un vrai petit bijou de ciselure. Nous avons la chance de pouvoir y entrer et de contempler l'autel d'Oscagna, tout en ivoire sculpté. L'Église est désaffectée et ne sert plus qu'à l'admiration des visiteurs.

Nous n'avons que le temps de jeter un coup d'oeil aux Uffizzi qui contiennent cependant les principaux chefs d'oeuvre de la peinture italienne : l'Annonciation de Léonard de Vinci, le Printemps de Botticelli etc, etc. Un coup d'oeil aussi dans les galeries du musée Pitti. On ne peut vraiment pas voir Florence en deux jours !

En passant par le Pont Vieux dont les arcades donnent sur le fleuve, nous entrons dans un vieux quartier florentin aux rues étroites et tortueuses qui nous conduisent jusqu'à la place et à l'Église du Carmine qui contient d'admirables tableaux. Je retrouve la population pouilleuse et les petits mendiants de Rome …

Et puis il faut partir, quitter Florence et l'Italie. Le séjour y fut trop court tant cette terre contient de merveilles. Tout est jouissance pour l'âme, pour l'esprit pour la vue depuis le bleu du ciel de Rome jusqu'aux attitudes du peuple italien qui fut l'inspirateur et le modèle de tant d'artistes. Terre de l'art et aussi terre du spirituel.



Dr. Radut | page