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Biographie

IN MEMORIAM
Noëlle DESTREMAU (1910-2012)

Chère tante Noëlle,

Nous sommes réunis, votre famille et vos amis, pour vous dire un dernier adieu. Vous avez eu avec les uns et les autres des relations privilégiées que chacun porte dans son cœur. Aux personnes présentes, il faut associer le souvenir de tous ceux que vous avez connus au cours des cent ans de votre vie terrestre.

Je voudrai évoquer en quelques mots ce que fut votre vie, si riche et variée. Vous êtes née le 25 décembre 1910, vos parents vous donnent les prénoms de Noëlle Marie Elisabeth. C’est ce dernier prénom qui vous accompagnera toute votre vie et que vous allez illustrer magistralement par vos travaux sur Madame Elisabeth, la sœur bénie de Louis XVI.

A cinq ans vous perdez votre père dans les conditions tragiques que l’on sait, cependant votre enfance et votre prime adolescence se passent paisiblement et agréablement dans une famille très soudée entre Toulon et Luxeuil ; vous êtes un enfant au cœur sensible, affectueux et dévoué. A seize ans se déclenche une maladie de la croissance que vos médecins ne savent pas identifier. Vous serez alors alitée pendant deux ans et demi avec des douleurs articulaires importantes. L’interdiction qui vous est faite par le docteur de vous mettre au piano prive la musicienne que vous êtes d’une consolation sensible.

La lecture de romans et de poésies va occuper votre temps de convalescence, ainsi que de nombreuses correspondances écrites avec vos cousines et amies. Le soutien de votre mère, de vos frères et sœurs pendant cette épreuve sera précieux et se prolongera votre vie durant avec une intimité toujours renouvelée.

En 1927, la maladie s’éloigne et vous pouvez reprendre vos études et préparer un bachot de lettres classiques ; en deux ans vous apprenez le latin et le grec. Vos professeurs sont impressionnés de vos dons et de votre maturité. Pendant vos loisirs, vous assurez dans le patronage de votre paroisse la charge d’une équipe de jeunes filles ; vous écrivez et montez pour elles des saynètes de théâtre, animez des groupes de réflexion.

Inscrite en 1929 à l’Université d’Aix-Marseille, vous y obtenez la Licence en 1932, puis en 1934 le Diplôme d’Etude Supérieur en langue classique. Vous rédigez alors un mémoire d’une écriture inspirée et vigoureuse démontrant une très large connaissance de la poésie contemporaine : L’Hellénisme chez M. Henri de Régnier et Mme de NoaiIles.

En 1932 avec votre mère et votre sœur Mady vous vous êtes installée, 12, Bd St Germain à Paris. Vous préparez l’agrégation de lettres que vous obtenez en novembre 1936. Vos premières affectations seront Orléans, Versailles, Amiens. C’est là qu’en juin 1940 la guerre vous rattrape : alors que la plupart de vos collègues sont partis, vous restez à votre poste et assurez dans des circonstances difficiles votre mission. Dès que la circulation est possible on vous retrouve à Paris pour accueillir les réfugiés du nord.

Quelques mois plus tard, nommée à Paris, vous reprenez l’enseignement. Dans la désorganisation des années d’occupation, la troupe théâtrale et la chorale que vous avez montées permettent de nombreux contacts entre jeunes gens actifs. En 1942 vous faites l’acquisition de Marquit dans l’Hérault où vous vous rendrez tous les ans avec votre mère. Que de souvenirs sont attachés à cette maison où vous recevez généreusement neveux et nièces.

Pendant la guerre pour améliorer votre quotidien vous assurez pour l’Ecole Universelle des cours de rédaction par correspondance. Vos leçons seront considérées comme tellement pertinentes qu’elles seront publiées en un seul volume en 1945, sous le titre Cours de rédaction. En 1951 et 1952 vous publiez plusieurs volumes sur L’art d’écrire en français qui vous permettent d’approfondir toujours plus ce sujet. Vous vous inscrivez également à l’Ecole du Louvre d’où vous sortez diplômée en 1954.

Les voyages sont chez vous une deuxième respiration, vous êtes une voyageuse intrépide et on vous retrouve sur les routes en permanence, l’inconfort des trains, les attentes en gare, les bagages trop lourds, les vivres à transporter, les neveux à accompagner, rien ne vous arrête. Pendant 38 années consécutives, vous passez la semaine sainte à Rome.

En 1954 la mort accidentelle de votre beau frère André Faivre d’Arcier, en 1955 la mort de votre mère, vous affecteront profondément et il vous faudra des années pour les surmonter pleinement. Pendant les années qui vont suivre et jusqu’à votre retraite en 1975, votre principale occupation sera l’enseignement et les sorties culturelles que vous organisez pour vos élèves les jeudis et les dimanches.

Vous restez bien sûr un centre familial, carrefour entre les différentes branches de la famille que vous connaissez parfaitement. Votre retraite en 1974 vous ouvre de nouveaux horizons, le goût de l’histoire ne vous a jamais quitté, et vous entrevoyez la perspective d’une nouvelle carrière. C’est vers le destin exceptionnel de Madame Elisabeth que vous allez diriger vos premières recherches.

Vous allez ramener sur le devant de la scène la princesse quelque peu oubliée. D’abord de modestes conférences, puis des opérations plus audacieuses, sous forme de représentations avec danseurs et musiciens. La suite on la connaît : votre ouvrage : Une sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth publié en 1983, sera réédité trois fois, totalisant plus de 15.000 exemplaires.

Vous publiez en 1987, Varenne en Argonne sur la fuite de la famille royale, en 1988 un ouvrage fort original démontrant vos qualités de synthèse : Trois jours pour détruire la monarchie, où vous identifiez les trois étapes qui ont conduit à la destruction de la monarchie française. D’autres ouvrages, Le Duc d’Enghien (1990), Madame Royale et son mystère (1991), La duchesse de Berry (1997), quinze plaquettes publiées de conférences historiques, dont La famille royale au temple, L’affaire du collier de la reine, La marine de Louis XVI.

En 1989 vous êtes renversée rue de Rennes par un motard et opérée d’urgence à l’hôpital Cochin. L’opération est un échec et vous souffrirez dorénavant cruellement de la hanche. Mais vous ne vous laissez pas abattre et continuez vos activités. Le 9 mars 1991 vous donnez une conférence sur la défense de Tahiti organisée en 1914 par votre père. En 1993 vous êtes à l’origine d’un ouvrage familial de souvenirs sur votre mère. Vous établissez avec soin la liste de 113 arrières petits enfants de vos parents.

Le 10 mai 1994, vous êtes invitée par la mairie de Versailles à donner une conférence au château de Montreuil pour le bicentenaire de la mort de Madame Elisabeth. En ce jour anniversaire qui mieux que vous pouvait parler de la princesse ? Vos travaux sont reconnus, ainsi que l’élévation d’âme et le désintéressement qui les ont suscités

Les conférences se succèdent à un rythme régulier devant un public toujours nombreux et assidu. Votre don de conteuse et de pédagogue n’échappe à personne, vous faite revivre avec la sobriété qui convient certaines des pages les plus sombres de notre histoire. Le 22 novembre 1997, vous prononcez votre 500e conférence entourée d’amis et de famille. En l’espace de quinze ans vous avez ravi un auditoire nombreux qui vous l’exprime par ses courriers et ses marques de reconnaissance et d’admiration. Vous donnerez votre dernière conférence le 6 mars 2006, à 95 ans, à la salle paroissiale de Ste Clothilde.

Les suites de votre opération manquée de 1989 vous rattrapent et progressivement vous devez ralentir vos activités, mais la recherche historique vous intéresse toujours et vous continuez à travailler. L’actualité politique et religieuse est aussi pour vous un sujet permanent de réflexion et de militantisme serein. Votre curiosité intellectuelle n’est jamais rassasiée, la vérité ne vous fait pas peur et ne vous a jamais fait peur.

Vous gardez jusqu’au bout ce souci et ce respect de bien recevoir vos visiteurs. Vous passez les deux dernières années de votre vie à l’hôpital Charles Foix où un personnel dévoué et des visiteurs fidèles, agrémentent les deniers temps de votre présence parmi nous. Tout ceux qui ont eu l’insigne privilège de vous approcher savent tout ce que vous avez apporté, sans jamais économiser votre peine, ni entretenir d’amertume, mais toujours avec le souci de construire l’avenir.

Merci

Frédéric Destremau
22 mai 2012

 



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