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Lundi 3 avril

Je pars pour l'Aventin, la plus sainte des sept collines, la plus calme, la plus « province ». St Sabbat dont on aperçoit de loin le cloître aux fines colonnettes, au-dessus de l'église dans le style de Ste Marie in Cosmedin et de St Clément. L'intérieur est partagé en trois nefs, celle de gauche, la plus ancienne, est décorée de vieilles fresques presque effacées. Pour autels de simples tables de bois posées sur un bloc de pierre ; le plafond est en bois aussi. Cette pauvreté des églises primitives est touchante. Deux ambons en marbre ornés de jolies mosaïques, derrière l'autel le siège papal en marbre avec l'homélie de St Grégoire le Grand ; un très joli plancher en mosaïque aussi. Une femme du peuple, la tête couverte d'un fichu de couleur prie à genoux sur la dalle. Tout cela est calme et reposant. Je monte au délicieux petit cloître d'où la vue sur Rome est ravissante. La lumière ce matin est légère et dorée.

Ste Balbine est située dans un magnifique jardin public qui mène aux Thermes de Caracalla. L'aspect de l'église rappelle un peu Ste Sabine ; une grande nef éclairée par de nombreuses fenêtres à chancels. Mais les murs sont repeints à la chaux et les bancs sont modernes ; je remarque un Vieux Christ primitif.

Le grand jardin des Thermes soigneusement entretenu, avec ses nombreuses allées qui se croisent, bordées de feuillage clair est une promenade charmante ; à chaque pas quelques débris d'antique. Au milieu de ce décor de verdure, nous apercevons l'énorme construction, ruine encore grandiose des Thermes de Caracalla. Les immenses salles de bain ou de jeux, les ruines des bibliothèques des promenoirs, des cabines où se tenaient les nombreux esclaves chargés des différents soins de ceux qui passaient là une grande partie de leurs journées, évoquent la vie de raffinements et de savantes débauches des Romains de la décadence. Tout est mort ici, ce paganisme pourri n'a pas eu la force de se survivre mais il reste dans les lieux où tant de vices se sont étalés, une impression de malaise et d'écrasement. Je pense à toute cette foule qui venait ici, oiseuse, inutile, se baigner, se parfumer, jouer ou discuter stérilement sur les questions les plus graves. Dans ces salles immenses, a vécu un peuple civilisé jusqu'à mourir de son épuisant raffinement, corrompu, païen. Il en reste des ruines, trop grandes, trop écrasantes parce qu'un art qui n'était plus que le squelette vide du grand art, les construisit.

Toutes deux nous éprouvons en sortant de ces Thermes païens, le besoin d'aller dans les églises où des hommes ont prié, ont aimé et ont souffert pour un idéal si différent de ceux que désiraient ces dillettanti du plaisir. Par eux le Paganisme a péri.

J'entre à St Nérie et Achillée, vieille église construite dans le style de toutes ces églises primitives : un autel remarquable par sa forme et sa décoration de mosaïque, un beau siège pontifical et des ambons de marbre. L'église est à trois nefs. St Sixte le Vieux est désaffecté mais bien curieux aussi. St Césaire est une très petite église, presque une chapelle. L'église est en réparation mais nous avons admiré cependant les jolies mosaïques.

Je fais connaissance l'après midi avec le Janicule, la plus haute des sept collines, la seule qui soit sur la rive droite du Tibre. Après une petite visite à la Supérieure de la Retraite, charmante religieuse et très distinguée nous allons nous asseoir dans un beau jardin appelé le « jardin des Paons ». Puis lentement, nos descendons à pied vers St Pierre. La vue sur Rome est magnifique. Nous passons devant la grande fontaine Pauline aux nombreux jets d'eau. La fière statue équestre de Garibaldi domine la ville qu'il a conquise. Une grande esplanade permet de jouir de la vue et nous nous arrêtons là longtemps. Les toits de toutes couleurs s'étagent à nos pieds ; nous reconnaissons les nombreuses coupoles des églises, les monuments publics, le Pincio et la Trinité des Monts.

En descendant vers St Pierre, nous entrons à St Honuphre ; une très jolie mosaïque de la Ste Vierge et une autre ravissante de Ste Anne et la Vierge : l'église est toute petite précédée de grands escaliers ; on nous montre à côté un trou profond dans lequel dit-on, St Pierre fut précipité la tête en bas.

Je revois avec plaisir la magnifique place St Pierre, elle est vraiment belle et imposante. La Basilique est trop chargée décidément. Mais somptueuse et grandiose tout de même. L'Église est triomphante ici.. Et les foules rapportent de cette visite à St Pierre le sentiment de la grandeur de la Papauté et de l'Église et de leur domination sur le monde.



Dr. Radut | page